Mobilité propre : le biométhane gagne des kilomètres dans le transport de marchandises

De plus en plus d’enseignes de la grande distribution – groupe Carrefour, groupe Casino… – misent sur la mobilité propre et silencieuse et investissent dans des flottes de camions alimentés au biométhane. De bon augure pour la filière biogaz en général ? L’analyse de Denis Clodic, Président et Directeur R&D de Cryo Pur et parrain de l’Observatoire.

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LE CONSTAT

Transport biométhane dans la grande distribution : un engagement en faveur du climat…

Cela commence à ressembler à une tendance lourde. Après le groupe Carrefour et le groupement des Mousquetaires Intermarché, c’est au tour du groupe Casino de se lancer dans le remplacement d’une partie de sa flotte roulant au diesel. D’ici à 2020, 400 camions biométhane seront mis en circulation, ce qui représentera 40 % de sa flotte actuelle. Certes, diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre fait partie des objectifs de la politique développement durable de ces groupes. « Les camions roulant au biométhane constituent une véritable avancée en matière de lutte contre le changement climatique. En moyenne, un véhicule biométhane permet d’économiser 75 tonnes de CO2 par an », affirme une porte-parole du groupe Carrefour qui dispose d’une flotte de 200 camions biométhane circulant dans cinq grandes agglomérations : Paris, Lyon, Bordeaux, Marseille et Lille.
Mais rouler au gaz d’origine biologique représente aussi un enjeu stratégique pour la grande distribution. « La réglementation antipollution des municipalités est en train de se durcir. Les moteurs diesel vont être de plus en plus prohibés. Nous nous devions d’anticiper ce mouvement », explique la porte-parole du groupe Casino.
Autrement dit, pour continuer à voir prospérer leurs enseignes dans les agglomérations et les centres-villes, la grande distribution doit pouvoir achalander ses magasins au moyen de véhicules n’émettant pas de particules fines et le moins de CO2 possible.

 

… et de l’économie circulaire 

Réducteur direct de la pollution urbaine, le biométhane permet aussi la valorisation des déchets méthanisables collectés dans les magasins : graisses, déchets de fruits et légumes, etc.
Du côté du groupe Casino, c’est 20 000 tonnes de déchets qui seront envoyés au méthaniseur chaque année. Chez Carrefour, la quantité de biodéchets recueillis dans les magasins devrait permettre de produire bientôt de quoi alimenter 125 véhicules de la flotte biométhane. De quoi contribuer à amortir le coût d’investissement dans ce transport propre ! Une expérimentation réalisée dans trois hypermarchés de la région lilloise par le groupe Carrefour a permis de démontrer qu’ils produisaient suffisamment de déchets pour alimenter leurs propres camions biométhane de livraison.

 

L’ANALYSE EN TROIS TEMPS DE DENIS CLODIC

Cet intérêt de la grande distribution pour le transport au gaz biologique annonce-t-il le début d’un décollage pour la filière ?

Denis Clodic : « C’est un bon signal. D’autant plus qu’il n’émane pas que de la grande distribution. D’autres acteurs importants du secteur de la logistique notamment se mettent au biométhane. Je nuance toutefois cette réponse positive en rappelant qu’actuellement, il est difficile pour une flotte de rouler exclusivement au biométhane. En effet, les camions biométhane font le plein dans des stations de gaz naturel dans lesquelles a été injectée une certaine quantité de biométhane. Cela dit, les groupes qui communiquent sur leur transport biogaz ne mentent pas : ils ont obtenu des certificats d’origine sur le biogaz dont ils s’approvisionnent, comme la réglementation l’autorise. À l’heure actuelle, il n’existe aucune incitation à relier directement les sites de production de biométhane aux stations-service dédiées aux transports biométhane. »

Pourquoi la filière biogaz a-t-elle tant de mal à décoller en France, contrairement à d’autres pays européens comme l’Italie, la Grande-Bretagne, l’Espagne ?

Denis Clodic : « Il faut rappeler, tout d’abord, que l’État a mis du temps à s’intéresser à cette filière. Le décret sur l’obligation de raccordement du biométhane au réseau de gaz et sur le tarif d’obligation d’achat sur le modèle de l’électricité renouvelable ne date que de novembre 2011. Mais le frein essentiel est un problème de coût ! Le tarif du biométhane carburant supporte des coûts de production qui sont supérieurs aux coûts d’extraction du méthane fossile. Le coût des énergies fossiles n’est qu’une fraction du prix à la pompe. Il faudrait que les autorités fixent des tarifs incitatifs pour ce biocarburant. Et qu’elles lui fassent bénéficier d’une fiscalité significative. La France a pris une mesure avancée sur la défiscalisation de l’achat de camions biométhane mais il n’y en a pas concernant le biocarburant lui-même. »

Les objectifs ambitieux du gouvernement en faveur du biométhane affichés dans la loi sur la transition énergétique (1 % de la consommation nationale de gaz en 2020 et 10 % en 2030) vous paraissent-ils atteignables ?

Denis Clodic : « Cela ne sera possible que si l’on parvient à réorganiser les infrastructures d’approvisionnement en bioméhane et à les développer. Actuellement, le biométhane est injecté dans les réseaux de gaz naturel. Les méthaniseurs ne doivent donc pas être trop loin des réseaux. Mais ces réseaux sont situés à proximité des centres urbains. Or, les riverains n’aiment pas habiter près d’un méthaniseur, redoutant des odeurs désagréables et un trafic intense de camions venant décharger des déchets organiques. On ne peut donc pas installer autant de méthaniseurs qu’on pourrait. Pour que la filière puisse se développer vraiment, il faudrait pouvoir transporter le biométhane du méthaniseur au réseau en camion et construire de nouvelles stations d’approvisionnements. »

 

Biogaz ou biométhane, quelle différence ?

Le biogaz est le résultat de la méthanisation de déchets fermentescibles, d’origine organique. Il est composé d’environ 60 % de méthane, de 40 % de dioxyde de carbone (CO2) et d’autres impuretés dont le soufre. Il s’agit donc de la version renouvelable d’origine biologique du gaz naturel.
Pour obtenir du biométhane, le biogaz est filtré par un épurateur qui élimine le CO2 et les autres composés impurs. Il ne reste alors que le méthane.

 

Biométhane : quels bénéfices pour l’environnement ?

Le passage de la mobilité diesel à la mobilité biométhane procure des gains environnementaux qui sont importants.
Détails chiffrés et développement de Denis Clodic :

  • 90 % d’émissions de CO2 en moins. Pourquoi ?
    « Parce que le biométhane est un carburant renouvelable provenant de la méthanisation de déchets fermentescibles. Son empreinte CO2 provient uniquement de l’énergie nécessaire pour transformer le biogaz en biométhane carburant. »
  • 99 % d’émissions d’hydrocarbures résiduels en moins. Pourquoi ?
    « Parce que le biométhane n’en contient pas. »
  • 50 % d’oxydes d’azote en moins. Pourquoi ?
    « Parce que la température de combustion est inférieure à celle du diesel. »
  • 0 % de particules fines. Pourquoi ?
    « Parce que le biométhane n’en génère pas. »

 

 


› Auteur : Observatoire
› Date : 12/09/2016
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› Source : logo lobservatoir

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